La passion politique – par Sarah Greenberg

Je suis l’étudiante en politique typique : les élections me passionnent. Quand je me suis rendu compte que je serais en France pour l’élection présidentielle, avant de partir pour mon année d’échange, je savais que j’aurais de la chance.  Mais, quelle chance.

Sans doute, être étudiante à Sciences Po a beaucoup enrichi mon expérience et ma compréhension de la vie politique française. J’apprécierai cette opportunité pendant le reste de ma vie : j’ai la conviction qu’une manière importante dont l’on peut comprendre un autre pays c’est d’y vivre pendant les élections (ou n’importe quel autre moment crucial pour la vie politique).

Pourquoi est-ce que je trouve la politique, surtout française, si passionnante ? Peut-être les candidats sont-ils toujours fascinants. Ce qu’ils font et ce qu’ils disent pour gagner est en même temps prévisible, choquant, hypocrite, amusant, et profond. Quant à moi, les candidats sont représentatifs de ce que l’électorat attend de son État, mais aussi les espoirs et les désirs de certains groupuscules au sein de la nation.

J’aime aussi le mélange du bizarre et de la raison. C’est-à-dire, comment peut-on expliquer la présence de Jacques Cheminade au premier tour, mais pas la présence de Dominique de Villepin ? Si vous ne connaissez pas M. Cheminade, son programme est assez extrême (selon la définition d’extrémisme politique), mais il manque de vraie délinéation selon parti politique. Il prône, par exemple, de « créer une alliance de peuples suffisamment forte pour briser le garrot de l’oligarchie : par delà un monde atlantique qui détruit lui-même sa substance, il n’est d’autre choix qu’une alliance transpacifique et eurasiatique pour mettre en pièces l’empire de la City et de Wall Street » (Cheminade2012.fr) — le bizarre. Et M. de Villepin ? L’ancien premier ministre ? Il n’a pas réussi à accumuler les 500 signatures, un fait qui me paraît assez étrange. La Ve République a une histoire considérable de privilégier les anciens premiers ministres à la course à l’Élysée. Je cite au passage Georges Pompidou, Jacques Chirac, Édouard Balladur, Lionel Jospin. Tous n’ont pas gagné, mais au moins ils ont eu les 500 signatures. Je présente donc mon hypothèse — la raison : la droite française est plus probable de se fractionner plus proche du centre qu’à l’extrême. Autrement dit, il y a plein de petites ailes droites au sein de l’UMP et les partis qui sont nés de lui : le Modem, le mouvement République solidaire, et Debout la République. Donc, la candidature de Villepin représentait un droitiste de trop.

En revanche, je ne veux pas dire que la gauche est tellement mieux organisée. Pourtant, je pense que le PS a bien dirigé son rassemblement après la primaire émotionnelle. Manuel Valls à un rôle très important dans l’équipe Hollande, et Martine Aubry fait campagne au nom de son parti et son candidat. J’ai beaucoup apprécié le meeting à Rennes il y a une semaine du candidat François Hollande et l’ancienne candidate Ségolène Royal. Leur histoire ne cesse jamais à piquer mon intérêt. Imaginez : si un couple non-marié dont les deux étaient candidats à la présidentielle (je suppose que Hollande va passer au second tour comme Royal) existait aux États-Unis. En plus, ils se sont séparés ! Ils ont des enfants ! Je répète, un couple non-marié ! Jamais aux Etats-Unis. Jamais, jamais. Je suis aussi fan de Ségolène Royal (et de Martine Aubry), alors le fait qu’elle soit dans l’actualité attire mon attention.

(Ségolène Royal et François Hollande à Rennes, mercredi 4 avril 2012 / Photo : Benoît Tessier, Reuters)

            Je me renvoie à une de mes premières phrases : la singularité d’être à Sciences Po. La semaine dernière, nous nous sommes attendus à accueillir sept candidats : Hollande (Parti Socialiste), le président-candidat Nicolas Sarkozy (Union pour un Mouvement Populaire), Eva Joly (Europe Écologie Les Verts), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), François Bayrou (Modem), Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), et Marine Le Pen (Front national). L’administration a envoyé le mail pour s’inscrire aux meetings un vendredi soir (honnêtement le seul vendredi où à 18h je n’étais pas devant ou proche de mon ordi), donc je n’ai pas pu obtenir de billet. En plus, je n’ai pas très bien compris que chaque candidat parlerait tout seul (je pensais qu’ ils seraient tous ensemble).

Donc, je me suis rendu au 27, rue Saint-Guillaume à 8h (parce que c’était l’heure dans le mail), et j’ai attendu dans le froid pendant une heure et demie. Mon prix de consolation était le fait d’avoir vu Hollande entrer et être hué par les journalistes. J’étais très fière de le reconnaître et certains membres de son équipe. Après que je me suis rendu compte de l’idée de cette journée « PrésidentiELLE » (le magazine ELLE), je suis partie pour faire autre chose et suis retournée au 27 à 17h pour voir le président sortant revenant à l’école où il a raté sa première année.

J’étais dans la foule qui attendait Sarkozy, mais il y avait clairement de Jeunes UMP, en Péniche, qui l’attendaient aussi. Les bans de « Sarko Président ! » et les interprétations de La Marseillaise ont résonné très fortement, j’avoue. A 17h30, un taxi s’est approché, et une femme en est sortie. On ne savait pas encore ce qui se passait : c’était Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) que Sarkozy avait envoyée parce qu’il ne venait plus (à la dernière minute !). Évidemment, la version officielle était que les « conditions de sécurité n’étaient pas réunies. » Qui fait référence aux étudiants eux-mêmes, comme moi, dans la foule, qui attendions d’ avoir la chance de le voir. Mais NKM a aggravé cet instant quand elle a dit à quelqu’un dans l’amphithéâtre : « Quand je vois votre attitude, Monsieur, et quand je vois l’attitude de la direction je me dis vraiment que Nicolas Sarkozy a eu raison de ne pas y venir. » Oui, les étudiants l’ont huée, et sont partis de l’amphithéâtre. Mais la déception ! Et honnêtement, les élèves dont on parle ne sont pas les « racailles », Monsieur le Président, et NKM. Ce sont les étudiants de la politique qui rêvent de l’Élysée. C’était un projet électoraliste bizarre : gagner le vote des jeunes en annulant des meetings avec eux. Dans la rue, j’étais avec les étudiants vivant une véritable déception. Il y avait vraiment une ambiance de langueur parmi ceux qui ont gaspillé assez de temps pour avoir la chance de jeter un coup d’œil sur le président. Mais peut-être cette ambiance a-t-elle été oubliée pendant la journée, et le manque de Sarkozy nous a renvoyé à l’état précédent (la maison a connu une immense perte et tristesse avec la disparition de notre grand directeur, Richard Descoings).

(NKM à Sciences Po, jeudi 5 avril 2012 / Photo : http://mcetv.fr/)

            Enfin, je vais essayer de conclure en disant que tous les petits basculements quotidiens sont très intéressants pour moi : j’ai le sentiment de mieux comprendre la France parce que j’y habite depuis un an, mais aussi parce que c’est l’année électorale. Si jamais vous avez l’opportunité d’être dans un pays où il y a des élections, profitez-en! Pourtant, chacun a sa propre manière de commencer à s’intégrer à une culture : pour certains c’est la nourriture, pour d’autres c’est le sport, et pour moi, c’est la politique.

Publié le 12 avril 2012 par admin1
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